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mardi, 22 avril 2008

Association Autour du Père Tanguy

Interview de Bernard Vassor, Président de l’association

site de l'association 

Paris Neuvième (PN) : Bernard Vassor, vous êtes Président de l’association Autour du Père Tanguy. Pourriez-vous nous dire rapidement les objectifs de cette association ?

Bernard Vassor (BV) : Merci tout d’abord de m’accueillir une nouvelle fois sur le blog Paris Neuvième.

Notre but est de réunir des gens passionnés par l’histoire du neuvième en particulier, les évènements artistiques, littéraires, politiques, et la vie quotidienne au dix-neuvième siècle essentiellement. Nous ne nous interdisons pas d’évoquer tout autre sujet anecdotique ayant un intérêt de curiosité.

PN : qui était le Père Tanguy ? Quelle était sa personnalité ?

BV : Julien Tanguy dit « le Père Tanguy » est né en 1825, fils d’une famille de tisserands de la banlieue de Saint-Brieuc. Nous ne connaissons rien de son enfance ni de sa jeunesse. Sa biographie connue commence quand il se marie à une charcutière de Saint-Brieuc. Le voilà donc établi charcutier pendant quelques années. Il vint s’installer à Paris dans les années 1860. Il travaille alors comme employé aux chemins de fer de l’Ouest, puis il entre chez un fabricant de pastels nommé Edouard, 6 rue Clauzel, où il est ouvrier broyeur. C’est là qu’il apprend son métier.

En 1866, Edouard vend son fond à un autre marchand de couleurs qui ne garde pas à son service Julien Tanguy qui trouve un emploi de concierge avec sa femme au 10 rue Cortot (l’hôtel Demarne). Il vit là dans une pièce de 2,30 m de large (j’ai mesuré) sur 4,50 m !

Dans le fond de la pièce, il installe une pierre à broyer et une machine à injecter les couleurs à l’huile qu’il a confectionnées dans des tubes en étain. Il travaille la nuit, et au petit matin, part avec une petite voiture à bras pour se rendre sur les lieux où les peintres de « la nouvelle école » venaient peindre « sur le motif » à Gennevilliers, Asnières, Argenteuil, Chatou etc. …

C’est donc là qu’il allait faire la connaissance des jeunes peintres inconnus comme Renoir, Monet, Pissarro…..qui allaient plus tard fréquenter sa boutique quand il s’installa en 1873 au 14 rue Clauzel.

C’était un homme simple, presque illettré, vivant chichement car il ne prenait que de petites marges sur les fournitures qu’il vendait. Quand un jeune rapin n’avait pas mangé depuis plusieurs jours, il était certain de trouver à partager le repas de la famille Tanguy au grand dam de la mère Tanguy, femme acariâtre, qui faisait souvent reproche à son mari de s’occuper plus de « ces messieurs » que de sa famille.

Pour tenter de le définir, les peintres qui le fréquentaient l’avait surnommé avec une pointe de moquerie, mais aussi de respect, en raison de son caractère : « Le Socrate de la rue Clauzel » ; Vincent van Gogh qui n’aimait pas sa femme surnommait la mère Tanguy Xanthippe  (femme de Socrate, connue pour sa méchanceté).

PN : beaucoup de peintres très célèbres parlent du Père Tanguy : van Gogh bien sûr, mais aussi Renoir, Pissarro, Degas, Manet ….. Etait-ce dû à sa personnalité ou avait-il un talent particulier comme fournisseur et préparateur des « couleurs » ?

BV : On peut ajouter à la liste Cézanne, dont il fut le véritable propagandiste et le principal découvreur. La boutique de la rue Clauzel était le seul endroit pendant vingt ans où l’on pouvait acheter à très bas prix une toile de Cézanne. C’est chez Tanguy qu’Ambroise Vollard alla, sur les conseils de Renoir, voir et faire acheter par Maurice Denis ses premiers Cézanne…. Aucune autre galerie n’avait accepté de présenter un tableau de ce que le père Tanguy avait pressenti comme un génie, il le disait à tout le monde. Il en est de même pour Vincent van Gogh qui n’était apprécié à sa valeur que par les jeunes peintres de la rue Clauzel  comme Emile Bernard, Anquetin, Signac, Vignon, Gauguin.

Emile Bernard qui inventa le « cloisonnisme » a dit : « C’est dans la boutique du Père Tanguy qu’est née l’Ecole de Pont-Aven ».

PN : pourquoi le Père Tanguy est-il venu s’installer au 14 rue Clauzel ? Quelle était la vie de ce quartier dans ces années 1870-1890 ?

BV : Le Père Tanguy avait été condamné après la Commune de Paris à de la prison, peine qu’il a purgée sur un ponton à Brest. A son retour à Paris, il avait perdu sa place de concierge rue Cortot. Il trouva cette boutique 14, rue Clauzel, rue qu’il connaissait bien pour y avoir fait son apprentissage. La vie de cette rue, à l’origine la rue Neuve-Breda, était réputée pour être le lieu de débauche de Montmartre. On appelait les dames de petite vertu des Lorettes ou des Brédas ! La vie dans ce quartier était comme ailleurs, très dure aux employés, ouvriers et aux gens de basse condition, encore plus difficile pour les femmes comme le disait Flora Tristan cinquante ans plus tôt : « La femme est la prolétaire du prolétaire ».

PN : votre association a développé beaucoup de liens avec d’autres associations telles que les amis de Dumas, les amis de Victor Hugo, ceux de Rimbaud, ceux de George Sand, ceux de Maupassant, etc. …. Quel est le lien entre le Père Tanguy et ces célébrités ?

BV : Il n’y a parfois aucun lien direct, mais comme je l’ai dit plus haut nous ne nous interdisons rien. Ce sont des liens d’amitié tissés il y a quelques années avec d’éminents universitaires qui m’avaient soutenu dans des manifestations célébrations ou conférences que j’avais organisées avec qui je suis resté en contact pour des opérations ponctuelles.

PN : vous êtes le Président de cette association mais vous êtes aussi un historien – et ne le prenez pas mal – un historien érudit - de notre arrondissement. Les quelques articles publiés sur ce blog en attestent. Vous vous êtes battu contre les travaux de réhabilitation de la place Pigalle il y a 3 ans qui, il est vrai, ont défiguré ce carrefour historique. D’autres projets importants sont à venir place de la Trinité et place de Clichy. Quelles seraient selon vous les erreurs à ne pas commettre ?

BV : Je ne le prends pas mal, mais vous êtes trop généreux, je ne suis pas historien, mais juste un raconteur d’histoires, un passeur comme disent certains.

Pour ce qui concerne ce que j’ai appelé du vandalisme municipal, je vais essayer de garder mon calme…. Je ne me suis pas battu contre les travaux de réhabilitation, mais contre la démolition d’un lieu éminemment historique, le seul au monde qui ait vu défiler tous, je dis bien tous, les impressionnistes, les musiciens comme Ravel, Debussy, Satie, les écrivains naturalistes, les symbolistes etc. J’ai raconté l’histoire de ce café dans un autre article.

J’ai réussi à faire sauvegarder contre l’avis du maire et du président d’une association « d’histoire et de défense du patrimoine » aujourd’hui délégué à la culture - ça promet - des éléments du café de « La Nouvelle Athènes » qui se trouvent aujourd’hui au musée de Montmartre. La destruction du petit jardinet autour de la fontaine de Davioud et la suppression de la grille qui l’entourait*, font aujourd’hui du « petit jet d’eau entouré de bistrots » un dépotoir à canettes de bière et à emballages de Mc-Do…

Maintenant, pour ce qui concerne les aménagements de la Trinité et de la place de Clichy, je fais confiance aux élus pour faire ce qu’ils ont fait de la place Pigalle ! J’avais essayé en vain de faire débaptiser la place Pigalle pour lui donner, ce qui serait plus juste, le nom de place Jean-Claude Decaux, mais rien n’est perdu, il reste d’autres lieux pour ce nom de baptême.

* La fontaine de Davioud construite en 1863, n’avait pas de grille, mais les services d’hygiène de la Ville de Paris l’avaient installée quelques années plus tard. Les services historiques n’ont pas de mémoire !

Commentaires

Merci pour cet article interessant. je trouve qu'il n'y a pas assez d'informations sur les destructions des traces du vieux Paris. J'avais déja entendu parler de cette association lorsque j'étais en Hollande.
comment faire pour y adhérer ?

Ecrit par : Gerald | mardi, 22 avril 2008

Gérald, pour mieux connaitre cette assos, allez sur son blog

http://autourduperetanguy.blogspirit.com/

ou bien plus direct

http://autourduperetanguy.blogspirit.com/list/l_association/bulletin_d_adhesion_pdf.html

Ecrit par : Didier | mardi, 22 avril 2008

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